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Déconfiner l’Eglise pour le monde d’après

La Provence 31.05.20 20 Jean-Claude Escaffit
Ainsi les chrétiens ont-ils retrouvé le chemin de leurs églises. Émotion d’avoir renoué avec le goût perdu de la communion. Privés durant onze semaines de messes et de cultes, ils peuvent célébrer la dernière grande fête du temps pascal. Avec masques, quotas de fidèles limités et prières mezzo voce, cette Pentecôte là a un parfum d’étrangeté. Pour les catholiques les plus intransigeants, qui ont exigé le retour au culte via les tribunaux, cela sonne comme une revanche sur la République laïque. Laissant planer un malaise jusque dans les rangs des évêques qui ont alors affiché publiquement des divergences entre eux. Quant aux fidèles, ils se sont peu fraternellement écharpés sur les réseaux sociaux. Exacerbant des lignes de fracture entre d’inconciliables conceptions de la foi et de l’Eglise.

De quoi les catholiques ont-ils été le plus privés durant ces temps de disette ? De la communion eucharistique ? De la dimension fraternelle de la communauté ? Du partage de la “Parole de Dieu” ? Certains diocèses, comme celui d’Aix-Arles, ont mis en ligne des questionnaires, pour préparer le monde d’après. A quoi va-t-il ressembler ? Certains oiseaux de mauvais augure prédisent sa ressemblance à celui d’avant… en pire ! Dans l’entre-soi religieux, comme dans les domaines géopolitique, économique ou écologique, le règne du chacun pour soi risque d’évincer les rêves d’un monde plus solidaire.

 Les crises éclairent souvent d’une lumière crue les divergences et malentendus. Ainsi, les relations Eglise-Etat se sont détériorées, avec un gouvernement soupçonné de mépris à l’égard des croyants. Il s’agirait plutôt d’une méconnaissance des religions, reléguées souvent au seul espace privé. Relation abîmée aussi avec les autres confessions (les protestants, juifs et musulmans) qui déplorent le cavalier seul catholique dans sa demande de déconfinement. Enfin, tensions à l’interne où nombre de catholiques conciliaires regrettent que la parole publique de l’Eglise soit réduite, avec cette crise, à la seule revendication de culte. Un modèle clérical qui oublie aussi ces laïcs privés de messe ici ou là-bas, par manque de prêtres ou de liberté, et qui vivent pourtant des chemins spirituels inventifs.
Aujourd’hui, il s’agit de refaire l’unité entre les nostalgiques d’une certaine chrétienté, obsédés par le déconfinement de leurs églises et ceux qui souhaitent plutôt déconfiner l’Eglise, pour la faire entrer dans le monde d’après. Sacré défi.    

Se déconfiner grâce à la presse de proximité


Jean-Claude Escaffit, journaliste, ancien médiateur de la rédaction de La Vie (groupe Le Monde).  

C’est un Paradoxe. Moins les médias traditionnels sont jugés crédibles par les Français, plus les fake news progressent sur les réseaux sociaux. Au baromètre annuel, le taux de confiance vis à vis de  la presse diminue chaque année un peu plus ! Selon le sondage Kanta-La Croix 2020, 71% de nos compatriotes estiment que les médias “ne rendent pas mieux compte de leurs préoccupations”. 46% font confiance à la presse écrite et moins de 10 % lisent un quotidien. Dans l’ère du soupçon généralisé, la télé n’obtient que 40% de crédibilité. Si elle demeure la principale source d’information (pour 50 % des Français), son audience ne cesse d’être grignotée par Internet. En 2020, 33% des Français, dont 75% des 18-24 ans, n’ont que cette source numérique d’information !
Durant cette crise, on a vu circuler sur les réseaux sociaux des “informations” extravagantes. Une vraie épidémie de fake news, qui font le lit du complotisme. Dans un monde où la rumeur prend le pas sur l’information, où le réflexe et l’émotion font office de réflexion, la presse joue pourtant un rôle essentiel. Elle livre une info, certes située, mais généralement fiable. Parce qu’elle cite ses sources, les vérifie et qu’elle doit rendre des comptes, y compris à la Justice. Moins prise par la dictature de l’immédiateté et du commentaire permanent, talon d’Achille des chaines d’info continue, la presse écrite est en ce sens irremplaçable. C’est l’honneur de nos démocraties que d’avoir une presse libre et pluraliste.
Durant le confinement, notre quotidien régional a accompli un travail  remarquable. Nous livrant, au delà de l’écume des jours, des clés de lecture des événements, débusquant des initiatives proches et solidaires, des innovations exemplaires, offrant des points de vue différents, d’utiles infos pratiques et espaces de respiration… En ce temps d’incertitude et de chacun chez soi, ce travail délicat a pu maintenir un précieux lien social et élargir notre regard. En un mot, La Provence a joué  un rôle de… déconfinement. A rebours de l’enfermement de réseaux aux tendances claniques.
Loin d’être un thuriféraire professionnel, il me semble nécessaire de promouvoir, avec vous amis lecteurs, cette indispensable presse de proximité, particulièrement auprès des plus jeunes. C’est une condition de sa survie.

Pâques à la maison, le pape au balcon

La Provence : parution dimanche de Pâques 2020.
Les leçons d’un carême confiné.

C’est assurément inédit dans l’histoire de la chrétienté. Des églises partout désertées et les fidèles relégués à une oppressante intimité. A l’unisson d’une humanité sous cloche, Pâques, la plus grande fête chrétienne reste aussi confinée. Un peu comme au temps du christianisme primitif ou dans ces contrées qui interdisent aux “nazaréens” tout droit de cité. Mais à l’échelle d’une planète, cela n’était jamais arrivé. Image saisissante que celle de ce pape chancelant, seul face à une place Saint-Pierre bourdonnant de silence. En cette soirée de carême, il porte au bout de ses bras fatigués le Christ offert en ostensoir et le poids d’un monde souffrant. Seul encore, en ce dimanche pascal, pour la traditionnelle bénédiction sur la ville et le monde. François au balcon et Pâques au tison, en mode confiné !
Ces journées d’enfermement seront peut-être plus nombreuses que la quarantaine de jours préparant les chrétiens à Pâques. Mais, comme le dit Edgar Morin, le très laïque philosophe que j’ai eu la joie de fréquenter, “le confinement pourrait être une opportunité de détoxification, qui nous permettrait de sélectionner l’important et rejeter le superflu, l’illusoire”. C’est exactement le sens du carême chrétien, temps de dénuement et de conversion qui repose sur le triptyque prière, partage, jeûne. C’est le manque qui donne du prix aux choses et permet un retour à l’essentiel. Comme le jeûne eucharistique qui prive le fidèle de communion dominicale. Les crises sont des miroirs grossissant de nos penchants. Elles peuvent être catalyseurs d’héroïsme et de sainteté, comme de bassesse et de lâchetés. Les exemples ne manquent pas dans l’actualité. Chez les chrétiens, la tentation existe aussi de fuir dans un fétichisme anesthésiant ou un consumérisme religieux effréné, via les écrans. Tentation dénoncée par certains évêques catholiques et pasteurs protestants.
Rester chez soi ne signifie pas chacun pour soi, pour autant. Allons nous sortir différents de cette traumatisante expérience ? Dans sa méditation du 27 mars, le pape François invite tous les hommes à “saisir ce temps d’épreuve comme un temps de choix “. En écho, Edgar Morin, appelant à un sursaut solidaire, souligne “le caractère anthropologique d’une crise qui nous fait profondément ressentir la communauté de destin de l’humanité…” Sacré défi existentiel à relever ! Et un message pour Pâques 2020, en somme.
Jean-Claude Escaffit

Unité des chrétiens : de nouveaux défis

Rituel immuable, la semaine de prière pour l’unité des chrétiens se déroule chaque année du 18 au 25 janvier. Dans les diocèses de France et du monde entier, catholiques, protestants,  orthodoxes… se rencontrent pour des échanges et prières communes. Et chacun de retourner ensuite à ses occupations.  Une approche encore timide entre vieux “divorcés” qui, après quelques siècles de séparation,  ne savent pas trop comment se remettre en ménage. Pas question encore d’habiter sous le même toit. Ni même de partager le même repas. Si les protestants sont ouverts à l’hospitalité eucharistique, cela coince du côté des catholiques qui ne l’autorisent que de manière exceptionnelle et à certaines conditions. Quant aux orthodoxes, ils ne conçoivent l’intercommunion qu’une fois l’unité doctrinale réalisée.
 Depuis quelques années, les théologiens de l’œcuménisme semblent piétiner et les fidèles – souvent catholiques – campent dans une certaine indifférence à l’égard des petits “frères” des autres Eglises. Quand les uns et les autres ne se réfugient pas dans un entre-soi identitaire… Alors que les catholiques, à l’instar des autres chrétiens, se découvrent  à leur tour minoritaires, l’urgence n’est elle pas à un témoignage commun dans une société française sécularisée ?  

Le risque d’un schisme catholique ?
Mais en 2020, les Eglises chrétiennes ont de nouveaux défis à relever, des lignes de fractures internes à traverser. Les orthodoxes sont écartelés entre les patriarcats de Moscou et Constantinople, en conflit ouvert depuis l’indépendance de l’Eglise d’Ukraine face à un “grand frère russe” aux exigences croissantes. Les protestants historiques, luthéro-réformés, se sentent bousculés par l’expansion d’évangéliques aux méthodes non conformistes. Quant aux catholiques, le spectre d’un schisme plane sur leur Eglise. Face aux critiques virulentes de conservateurs à Rome, aux Etats-Unis ou ailleurs, le pape François n’en a d’ailleurs pas écarté le risque. Enjeu sans doute médiatiquement dramatisé. Mais l’éventualité d’ordonner prêtres des hommes mariés dans certaines régions déshéritées comme l’Amazonie, a relancé les attaques contre un tabou séculaire. C’est la parution, la semaine dernière, d’un livre du cardinal Sarah, cosigné par Benoît XVI, pape émérite voué en principe au silence, qui sonne la charge. Selon eux, le sacerdoce serait “ontologiquement ”  incompatible avec l’état matrimonial. Mais alors, les hommes mariés dans les Eglises catholiques orientales, rattachées à Rome, seraient-ils des prêtres au rabais ? Et ceux de l’Eglise des onze premiers siècles, parmi lesquels des saints ? Sans parler du mariage des pasteurs protestants, des prêtres orthodoxes et des femmes anglicanes… évêques.

Malgré une unité qui semble malmenée, des chrétiens font fi pourtant des querelles d’appareils et des clivages confessionnels. On les retrouve dans un “faire ensemble” œcuménique, de façon naturelle. Combien sont engagés dans des ONG comme la Cimade, l’Acat (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) ou au coude à coude au service des laissés pour compte de leur cité ? Combien sont si proches dans des groupes de partage et de méditation chrétienne ? Et les 15 000 jeunes de toutes confessions et nationalités qui se sont retrouvés en Pologne, fin décembre dernier, à l’appel de la communauté de Taizé ? Ils seraient étonnés d’apprendre qu’ils sont des acteurs de l’œcuménisme. Des “Monsieur Jourdain” de l’Unité, en somme !

Missionnaire, selon Pape François et P. Destremau

La Provence, dimanche 20 octobre 2019. Page Idées
Par Jean-Claude Escaffit, journaliste, Dialogue-RCF, la radio chrétienne d’Aix-Marseille.

Exit le père blanc qui allait évangéliser les peuples du Sud ? Autrefois flanqué d’une soutane aussi blanche que sa barbe, le missionnaire d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec cette image d’Epinal. Ni même son territoire de mission. Ce sont  d’ailleurs les prêtres d’Afrique qui en retour arpentent  nos paroisses européennes, en jachère de vocations.

En faisant d’octobre 2019, “le mois missionnaire extraordinaire”, l’Eglise catholique entend activer l’ardeur évangélisatrice des fidèles dans leurs lieux de vie. Ne soyez pas étonnés si l’on vient frapper à votre porte pour vous annoncer une “Bonne Nouvelle”. Ce ne sont plus forcément  des Témoins de Jéhovah ou Mormons, mais de jeunes charismatiques notamment qui entendent répondre à l’appel du pape François à être  “disciples-missionnaires”. Non à la manière d’antan, aux accents d’endoctrinement. Mais telle que l’a définie François,  dans “La Joie de l’Evangile” : par la proximité amicale, dans la liberté de chacun. Et le pape d’inviter également les catholiques à  “sortir de (leur) confort,  pour rejoindre les périphéries et particulièrement les plus pauvres.”

En mission chez les Roms et voyageurs

Alors que débutait ce “mois missionnaire extraordinaire”, on  enterrait le 5 octobre dernier à Aix-en-Provence, dans une cathédrale pleine à craquer, l’un de ces authentiques témoins de l’Evangile : le père Thierry Destremau. Mêlés aux Roms et gens du voyage, paroissiens de Martigues et Marignane, Fuveau et Gardanne, Lançon et Pélissanne… pleuraient d’un seul cœur leur (ancien) pasteur de 55 ans, arraché à la vie brutalement.  Comme le soulignait dans son homélie, Mgr Dufour,  l’archevêque d’Aix, au milieu d’une soixantaine de prêtres et diacres, “Thierry était un voyageur de Dieu, pour conduire au Christ les pauvres et les humbles de cœur”. Car le P. Destremau était le “rachail” des gens du voyage et des Roms, dont il était devenu, en 2017, l’aumônier national. Il fallait le voir accueilli dans les camps par les cris de joie des enfants. Visage transfiguré et petite croix de bois en bandoulière, il sillonnait son territoire avec un camping-car un brin bohême.  “C’est la paix du Christ qu’il apportait sur les terrains qu’il visitait”, a souligné Mgr Dufour. C’est aussi l’inlassable combat pour la dignité qu’il partageait avec ces sans-voix. Dans la gratuité et le don de soi.

Béatification en Algérie

Une première en pays musulman

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N-D de Santa-Cruz à Oran

Oran, Décembre 2018. Avec chrétiens et musulmans du diocèse d’Alger, nous avons rejoint Oran, le 8 décembre 2018, pour participer à la béatification de Mgr Pierre Claverie et de ses 18 compagnons (moines de Tibhirine, pères blancs, 6 religieuses… ),  assassinés en Algérie durant la décennie noire. Avec un hommage aux 114 imams tués pour avoir résisté à la terreur islamiste. Une cérémonie sous le signe de la fraternité.

Appel : le vocabulaire de la haine n’est pas compatible avec l’Évangile

13 déc 2015. Citoyens français attachés aux valeurs de la République, en même temps que chrétiens de toutes confessions qui mettons au cœur de notre foi le message évangélique de justice, de paix et d’amour universel, nous éprouvons aujourd’hui une immense tristesse et une profonde inquiétude pour l’avenir de notre pays…
Lire l’appel dans La Croix.com