Lutter contre le fanatisme dans les religions

La Provence 28.11.21. Intégrisme, radicalisme, djihadisme, séparatisme… Dans la famille des mots en “isme” qui sonnent souvent commedes maladies contemporaines, il en est un qui les embrasse tous depuis des lustres. Un mot qui sature notre actualité de sinistres exemples religieux, politiques et même sportifs : fanatisme !
Le Petit Robert le définit comme une “foi exclusive en une doctrine, une religion, une cause, conduisant souvent à l’intolérance et à la violence.” Si cette passion dévoyée  aux accents mystiques n’est pas cantonnée aux seules religions, celles-ci en sont depuis longtemps des vecteurs privilégiés. Il existe certes une grande différence entre un fondamentaliste chrétien qui refuse de voir enseigner la théorie de l’évolution et un islamiste qui prépare un attentat suicide. Mais depuis la nuit des temps, les ressorts sont les mêmes pourtant. Quelles sont les causes du fanatisme ? Comment le combattre ?

Quand la religion est malade, selon Frère Candiard

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Dans un petit essai brillant, salué par la presse dans sa diversité, Du fanatisme, quand la religion est malade (Editions du Cerf), Adrien Candiard, jeune frère dominicain de l’Institut d’études orientales du Caire, estime que le fanatisme  ne viendrait pas d’un excès de religiosité, mais au contraire d’une absence de Dieu. Ce n’est pas, selon lui, une déviance sociale et psychologique, mais bien un dévoiement spécifiquement religieux. Dans son plaidoyer qui prend le contrepied de bien des analyses, le théologien catholique, spécialiste du monde musulman, estime que le fanatique qui parle de Dieu à tout bout de champ l’a remplacé en réalité par des objets d’idolâtrie : la loi morale, les commandements, des textes ou rituels absolutisés. Et c’est sur le terrain religieux qu’il faut combattre ces déviances fanatisées.
L’auteur de la pièce de théâtre Pierre et Mohamed – sur l’assassinat de l’évêque d’Oran en Algérie, jouée un millier de fois en France – déplore qu’on ait évacué la théologie, du débat public, voire aussi de l’école de la République. ” C’est cette exclusion d’un discours raisonné  et critique de la foi et sur Dieu, qui favorise le fanatisme. Amoindrir la place du religieux dans la société ne l’a pas du tout réduit “. Et Adrien Candiard de souligner que la tentation idolâtre qui fait naîtrele fanatisme, y compris au sein de la laïcité, nous concerne tous. J-C.E.

Adrien Candiard fera une conférence sur le fanatisme religieux, jeudi 2 décembre à 20h, à Aix-en-Provence, Maison diocésaine, 7, cours de la Trinité. 

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Pédo-criminalité : on fait quoi maintenant Messeigneurs ?

Après “la sidération et la honte” pour l’Eglise catholique, on fait quoi “Messeigneurs” ? Vous êtes les premiers à vouloir tirer les leçons de ces terribles révélations : 216 000 mineurs abusés en France depuis 1950 par 3000 prêtres et religieux (3% du clergé). Un rapport que vous avez vous mêmes commandé et financé, qui souligne les multiples défaillances de l’institution.
Identifier, réparer, prévenir les crimes et abus de pouvoir, telles sont les grandes lignes des 45 préconisations de la CIASE (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise), présidée par Jean-Marc Sauvé.

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Outre la question des indemnisations des victimes (pour l’heure 5000 identifiées), c’est le fonctionnement systémique d’une “Eglise hiérarchique masculine”, qui est pointé, “l’excessive sacralisation de la personne du prêtre”, l’absence de laïcs, surtout des femmes dans les sphères décisionnelles… Tentation du cléricalisme que le pape François avait d’ailleurs dénoncée trois  ans auparavant dans sa Lettre au peuple de Dieu. Et pourtant, on a pu entendre encore récemment un vicaire général d’un grand diocèse rétorquer à un laïc : “Ici, nous ne sommes pas en démocratie, mais en théocratie”!
Ne pas noyer le poisson
Un double péril guette: d’un côté des pratiquants, déjà dans le doute ou un pied dehors, qui quittent en masse le navire et de l’autre, le noyau des plus identitaires s’enfermant dans l’entre-soi, mus par le sentiment d’être incompris de la société. Face à la colère et l’envie de changement de certains laïcs et prêtres, l’abattement fataliste guette souvent. Pire, c’est l’indifférence ou le déni que l’on voit monter à propos des révélations du rapport Sauvé.
Il s’agit maintenant, messieurs les évêques, d’articuler votre réflexion à celle du synode mondial sur la coresponsabilité dans l’Eglise, qui vient de s’ouvrir à Rome. A partir de votre assemblée de début novembre à Lourdes, vous aurez à déboucher sur l’action avec l’ensemble de vos ouailles.
Dans cette institution catholique, à la force d’inertie légendaire, attention de ne pas vous en tenir à quelques paroles de compassion (sûrement sincères), puis de vous empresser de retourner, mine de rien, à votre mission de reconquête. Avec ce slogan qui fait florès dans les diocèses : ” Tous disciples-missionnaires” ! Au milieu de ce que certains d’entre vous ont qualifié de “naufrage”, ce serait un comble de noyer en plus le poisson.   

Avec Stora aux écrivains de Fuveau et sur RCF

 Sous les platanes de Fuveau, le 32 ème  salon littéraire du Pays d’Aix  samedi 4 et dimanche 5 septembre 2021.
Le pays invité  cette année étant l’Algérie, dialogue avec l’historien Benjamin Stora
, auteur du rapport pour une réconciliation des mémoires  France-Algérie, commandé par le président de la République : Podium du café littéraire. 
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Sur les ondes de Dialogue RCF, l’historien incontournable de l’Algérie,  qui a eu  l’oreille de tous  les présidents de Mitterrand à Macron, se confie à Jean-Claude Escaffit sur  ses racines de juif pied-noir et son itinéraire de chercheur.

France-Algérie : Je t’aime, moi non plus.

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Chronique parue dans La Provence du 5 septembre 2021

Pays invité du salon littéraire du Pays d’Aix, durant ce week-end : l’Algérie. Comme chaque année à Fuveau, un pays étranger est mis à l’honneur. Vous avez dit pays étranger ? Par sa littérature qui porte haut pourtant les couleurs de la francophonie ? Avec des auteurs majeurs comme Yasmina Khadra, Kamel Daoud, Rachid Boudjedra… Pas vraiment étranger non plus, l’Algérie,  par la présence sur notre sol des migrants et de leurs enfants (estimés à 4 millions selon certaines sources), souvent de nationalité française. Si certains défraient dramatiquement la chronique ou se sentent laissés pour compte, ils sont cependant légion à afficher de discrètes mais éclatantes réussites, dans la culture, l’économie, la médecine…

Seulement voilà, les relations entre la France et son ancienne colonie restent passionnelles. Une affectivité qui s’exacerbe à l’aune des fascinations et des rancœurs. “Je t’aime, moi non plus”, en somme. Cette attraction-répulsion s’explique à la fois par une immuable proximité et par une histoire compliquée.

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C’est la question de la mémoire autour de la colonisation et de la guerre d’indépendance qui cristallise les tensions. Mémoire douloureuse et éclatée chez nous, mémoire confisquée en Algérie. Elle est devenue pour le pouvoir d’Alger une “rente ” destinée à masquer ses propres incuries. Paris ne relève plus les incessants coups de griffe envers l’ancienne puissance coloniale. Ainsi, un ministre à la tribune du parlement algérien évoquait dernièrement ” la France, notre ennemi traditionnel et éternel” (sic). Escalades verbales et gesticulations qui masquent pourtant d’innombrables coopérations entre les deux pays. Pour l’heure, c’est entre le Maroc et l’Algérie que le torchon brûle, jusqu’à une rupture des relations diplomatiques. Ce “frère ennemi” est accusé par Alger d’avoir commandité les incendies qui ont ravagé surtout sa Kabylie rebelle. Derrière cette crise, un vieux contentieux sur le Sahara occidental au sud du Maroc.

Mais entre la France et l’Algérie, impossible divorce ! Comment apaiser alors des relations passionnelles entre proches, condamnés à vivre ensemble ? Cela suppose de mettre fin à cette guerre des mémoires. A commencer par ce côté de la Méditerranée. Mission confiée à l’historien Benjamin Stora (présent au salon des écrivains de Fuveau), avec son rapport contenant de nombreuses préconisations remises au président Macron. Terrain miné, mais incontournable défi.  
JCE Auteur présent au salon littéraire de Fuveau.

Rdv au salon des Ecrivains

Fuveau 3-5 septembre 2021

Je serais heureux de vous retrouver sous les platanes de Fuveau  pour le 32 ème  salon littéraire du Pays d’Aix où je serai présent  samedi 4 et dimanche 5 septembre, avec trois de mes livres.
Le pays invité  cette année étant l’Algérie, j’aurai le plaisir de dialoguer avec l’historien Benjamin Stora, auteur du rapport pour une réconciliation des mémoires  France-Algérie, commandé par le président de la République :
Samedi 15h, podium du café littéraire.  
Dédicaces de Un itinéraire indien/ Musulman à Bombay, animateur à Taizé et diacre en Occitanie , avec Moïz Rasiwala (Médiaspaul 2021); Histoire de Taizé (Seuil 2016) ; Sur les traces du père/Questions à l’officier tué en Algérie (Salvator 2014).
Précisions sur l’événement

Edgar Morin, 100 ans : Pour une éthique de l’info.

En hommage aux 100 ans, de ce philosophe-anthropologue toujours actif, voici le texte lumineux d’une intervention devant les lecteurs et la rédaction de La Vie que je lui avais demandée en avril 2008. En quoi le travail du sociologue peut-il rejoindre celui du journaliste ? Merci et tous mes vœux, cher Monsieur Morin !

“L’événement, c’est l’écume de la réalité. La sociologie ne s’y intéresse pas. Les sociologues sont des gens prudents. Ils font leur prévision rétrospectivement, une fois l’événement passé ! En étant l’instigateur d’une sociologie du présent, je fais partie d’une espèce particulière. Je m’appuie sur des évènements pour tenter de déchiffrer des réalités, L’événement apportant une certaine surprise, que ce soit Mai 68, l’attentat du 11 septembre, l’éclatement du communisme, nous montre que nos structures de compréhension n’ont pas bien fonctionné. Il nous oblige à réviser notre façon de penser. Déchiffrer l’événement, c’est fondamental. Et c’est le travail du journaliste, qui est en tête à tête avec lui. Faire des articles à chaud, c’est prendre des risques. J’en sais quelque chose, puisque j’ai été amené à en faire en 1968. Je vois des rapports de cousinage entre ma façon d’être sociologue et le journaliste. Le travail du journaliste qui doit déchiffrer l’essentiel, n’est-il pas plus difficile aujourd’hui, dans cette montée de l’insignifiance et du sensationnalisme ? Quelle éthique de l’information envisager dans ce contexte ?Cela suppose d‘examiner des mots comme Information, connaissance, communication. compréhension.

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La communication n’apporte pas la compréhension. Cum-prehendere en latin signifie saisir ensemble, embrasser sous ses différents aspects. L’appréhension est par essence complexe. C’est appréhender divers aspects d’une réalité ou d’une personnalité. Ne pas réduire par exemple un homme public à un seul aspect de sa personnalité. La première éthique journalistique, c’est de les prendre tous en compte. Cela suppose aussi une compréhension humaine, une certaine empathie. On ne peut pas comprendre d‘une manière glacée. Hegel disait : si j’appelle criminel quelqu’un qui a commis un crime, cela veut dire que je réduis son identité à ce seul acte. Et que j’élimine tous les autres aspects de sa personnalité. L‘éthique de l’information passe par la volonté de compréhension d’autrui. Cette compréhension est en crise un peu partout : dans les rapports humains, entre religions, dans les relations diverses, la famille…Venons en maintenant à Information et connaissance. Le poète anglais, Eliot s’interrogeait : quelle est la connaissance que nous perdons dans l’information ? Et quelle est la sagesse que nous perdons dans la connaissance ? L’erreur c’est de penser que l‘information, c’est de la connaissance. C’est plutôt un fragment de réalité qui nous interroge. Pour qu’elle devienne de la connaissance, l’information doit être intégrée dans un contexte. Elle est pertinente que si elle est contextualisée. Comment se fait-il par exemple que la science économique qui est très avancée dans la précision mathématique amène les économistes à se tromper si souvent dans leurs prédiction ? Tout simplement parce qu’elle n’existe pas en vase clos. L’économie est immergée dans la société, tributaire de nombreux événements. Sans contextualisation une connaissance devient myope, parfois aveugle. En revanche, une connaissance capable de contextualiser est plus pertinente que la science la plus sophistiquée qui ne l’est pas. Ce n‘est pas seulement une tâche d’intelligence, mais aussi éthique. Les deux notions sont liées étroitement. Malheureusement, la prolifération d’informations, au lieu de servir à la connaissance, qui organise les informations, l’obstrue. Il faut cependant sauvegarder l’information, même si elle est gênante, mais il faut l’intégrer dans une connaissance plus large, organisée mais non dogmatique. Le journalisme n’est pas qu’une technique, c’est un art. Contrairement à ce que l’on croit, nous ne sommes pas dans une société de la connaissance, mais des connaissances. La tragédie, c’est l’enseignement séparé des disciplines, alors que la réalité n’obéit pas à la classification des universités. Notre mode de compréhension morcelée nous rend incapable de voir les problèmes fondamentaux et globaux. C’est pourquoi il y a aujourd’hui une crise de la connaissance. Il faut partir aussi de l’idée exprimée par le philosophe Ortega …. Et cassete nous ne savons pas ce qui se passe, mais c’est cela justement qui se passe. Souvent un événement capital est complètement ignoré, parce qu’il se situe dans les profondeurs, là où les antennes de la presse n’arrivent pas. Quand on a découvert dans les années 30, la structure de l’atome, ce fut un non événement, hormis pour les physiciens. Cela deviendra quelques années plus tard, un événement capital dans l’Histoire, avec la confection de la première bombe atomique et Hiroshima. Le journaliste devrait être aussi un peu plus explorateur pour aller voir ce qui se passe dans les sous sols. En dernier lieu, l’information dépend de l’accessibilité aux sources. L’art d’un pays totalitaire c’est d’empêcher l’information de sortir. On l’a vu et on le voit encore en Chine. Il est vital d’avoir une pluralité d’information. Sans pluralité de sources, il n’y a pas de liberté de la presse. Combien de témoignages sur l’URSS ou la Chine sont restés confidentiels. Peu après la révolution des œillets au Portugal, la volonté d’installer un pouvoir fort, s’est accompagné de la tentative de suspension d’un journal indépendant : Republica. En France, un éditorialiste du Monde a écrit : le plus important, c’est de donner à manger au peuple, plutôt que de lui donner de l’information. Je me suis opposé à lui dans le Nouvel Observateur en ces termes : ne pas donner d’information, ce n’est pas lui donner non plus à manger. Sacrifier l’information, c’est sacrifier aussi les besoins vitaux d’une société. Aujourd’hui, l’inflation de nouvelles conduit à une intoxication informationnelle. Cela amène au divertissement au sensationnalisme et à la peopolisation (…) L’autorégulation fait partie de l’éthique de la presse.”
@ Jean-Claude Escaffit/La Vie

Guerre d’Algérie : dates et mémoires en partage ?


La Provence 21 mars 2021

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19 mars : date du cessez-le-feu dans l’Algérie de 1962. Et pourtant, “impossible commémoration consensuelle”, selon Benjamin Stora dans le rapport sur la réconciliation des mémoires qu’il a rendu le 20 janvier au président Macron (1). Pas évident en effet de célébrer l’anniversaire d’une fin de conflit qui est loin d’avoir marqué l’arrêt des violences en Algérie. Mais quelle autre date retenir ? Pas question du 5 juillet 1962, marquant l’indépendance du pays en même temps que les massacres des pieds-noirs d’Oran et l’anniversaire… de la prise d’Alger en 1830.
L’Histoire a parfois d’étranges concordances. Tenez par exemple, les avenues du 8 mai 1945,  qui fleurissent dans de nombreuses villes algériennes, ne célèbrent pas la fin de notre Seconde Guerre mondiale. Mais les massacres de Sétif et Guelma, événement traumatique pour tout un peuple, faisant murir chez certains un violent désir d’indépendance.

Le choix d’événements mémoriels, de part et d’autre de la Méditerranée, est révélateur de notre rapport à l’Histoire et… au présent. En France. d’abord. Comment réconcilier les mémoires antagonistes de sept millions de personnes passionnément concernées (anciens appelés, pieds-noirs, harkis, immigrés… ) ? Mémoire éclatée chez nous, mémoire confisquée là-bas. Faute d’avoir pu collaborer avec le directeur des Archives algériennes, arrimé à la seule demande de repentance (une “rente mémorielle” du FLN pour conserver le pouvoir), Stora a cherché d’abord à guérir nos propres mémoires blessées.

Exigeant devoir de vérité
 Dans un rapport qui veut sortir des pièges idéologiques et incantations abstraites, cet historien reconnu a pris pour fil conducteur un exigeant devoir de vérité, assorti d’une liste de préconisations. Certaines commencent à être mises en œuvre, comme  le partage des archives françaises et l’accès à celles classées secret-défense, ainsi que la vérité sur les disparus, avec la reconnaissance de l’assassinat de l’avocat Boumendjel par le général Aussaresses.
 Mais l’historien entend prendre en compte toutes les passions douloureuses. Y compris celles des rapatriés, en rapport avec leurs morts laissés là-bas. Sans oublier le sujet sensible des harkis. “Déminage ardu de la mission Stora”, prédisions-nous dans ces colonnes, le 6 septembre dernier. Mission qui avance vers une Histoire partagée, une mémoire un peu moins éclatée. A petits pas. C’est à la fois sa limite, mais aussi sa force. JC Escaffit
  

(1) Benjamin Stora France-Algérie, Les passions douloureuses, Albin Michel 18,90 €

Un itinéraire indien

En dialogue avec Jean-Claude Escaffit, Un itinéraire indien retrace le parcours  étonnant de Moïz Rasiwala, astrophysicien d’origine indienne et musulmane, devenu diacre dans l’Eglise catholique après avoir été chercheur au CNRS, coopérant  universitaire en Algérie, permanent à la communauté œcuménique de Taizé durant huit ans, promoteur de projets de développement et enfin expert auprès du Conseil régional de Midi-Pyrénées.
A la fois un questionnement sur l’identité plurielle et un magnifique hymne à la rencontre des cultures et des religions.  (Editions  Médiaspaul 2021).

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Recension Presse

Le Monde.fr 18 mars 2021
Il y a quelques hommes dont on peut dire qu’ils ont eu une « vie-monde ». Moïz Rasiwala est de ceux-là : né en 1937 à Bombay dans une famille d’Indiens musulmans, il a passé sa scolarité chez les jésuites avant d’étudier la physique nucléaire en Allemagne, tout en suivant des cours de philosophie. Il a ensuite travaillé à l’Institut d’astrophysique à Paris, passé plusieurs années en Algérie, puis est retourné en Inde mener une expérience de vie communautaire rurale, avant de s’établir dans la région toulousaine – où il vit toujours.
C’est cette existence d’une richesse inouïe que Moïz Rasiwala déroule dans ce livre d’entretien avec son ami Jean-Claude Escaffit, ancien journaliste avec lequel il a signé en 2008 une Histoire de Taizé (Seuil). Le récit de cette vie passionnante, où l’on croise des souvenirs de l’Inde coloniale comme de Mai-68, est d’abord guidé par une recherche spirituelle, qui conduira ce musulman à la conversion catholique à l’occasion de la rencontre décisive avec le frère Roger, fondateur de la communauté monastique de Taizé, où il deviendra animateur. Il y passe huit ans, et « c’étaient peut-être les meilleures années de nos vies, sans argent ni possessions matérielles, mais pleines de joie, de paix et de rencontres enrichissantes », se souvient Moïz Rasiwala.
A 84 ans, il fait désormais le vœu de partir en pouvant faire sien ce verset de Luc (17, 10) : « Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites : nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire. » Y. B
« Un itinéraire indien », par Moïz Rasiwala (entretien avec Jean-Claude Escaffit), (Médiaspaul, 2021, 160 p., 17 €)
https://www.lemonde.fr/…/religions-et-spiritualites-six… 

La Vie

Un itinéraire indien
La vie de Moïz Rasiwala, cet enfant pauvre de Bombay devenu astrophysicien et chercheur au CNRS, ce musulman indien devenu permanent à la communauté oecuménique de Taizé, est
palpitante, romanesque. Elle est surtout le fruit d’une quête de sens vibrante, et une ode à l’unité entre les cultures, les religions et les confessions chrétiennes.
En ces temps où le poison de la division fait des ravages, l’on ne peut que conseiller la lecture de ce livre où cet artisan de la rencontre répond en toute simplicité aux questions de Jean-Claude Escaffit, ancien journaliste à l’hebdomadaire La Vie.
Alexia Vidot 21 janvier 2021

La Croix 20 mai 2021
De son enfance à Bombay dans une famille ismaélienne (branche minoritaire du chiisme) à sa retraite comme diacre catholique dans le Gers, c’est peu dire que Moïz Rasiwala a fait du
chemin. Son itinéraire imprévisible, cet astrophysicien de 84 ans le retrace auprès de son ami Jean-Claude Escaffit, ancien journaliste à La Croix. C’est à Taizé qu’ils se sont rencontrés dans les années 1970 : Moïz Rasiwala venait de découvrir cette communauté au sein de laquelle il participa à la préparation du concile des jeunes de 1974. Évoluant entre l’Inde, l’Allemagne, la France et l’Algérie, cet époux d’une protestante et père de cinq enfants offre le témoignage rare d’une conversion moins fulgurante que patiemment accueillie.
Mélinée Le Priol

Ecouter l’itw des deux auteurs sur Dialogue RCF

Séparatisme, une loi qui raterait sa cible

21.2.2021. La Provence @Jean-Claude Escaffit
C’était Mardi gras à l’Assemblée quand les députés ont adopté en première lecture le  projet de loi contre le séparatisme. Privé d’un volet social pourtant annoncé, cet arsenal législatif  nourrit les inquiétudes et les critiques de toutes les Eglises chrétiennes (catholique, orthodoxe et protestantes), au seuil de leur entrée en carême.
Mais pourquoi, diable, une telle opposition de la plupart des croyants (musulmans et bouddhistes s’y sont joints, pas les juifs) envers des mesures  qui veulent lutter contre le radicalisme religieux et les “prêches de haine” ? Elle ne porte pas sur le respect de la laïcité,  ni sur la lutte contre l’islamisme, mais sur les contrôles et sanctions infligées à toutes les associations cultuelles.

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Le diable, c’est bien connu, se cache dans les détails. Ainsi, dans un catalogue de mesures qui ne définit pas clairement le séparatisme, on trouve pêle-mêle l’obligation faite aux associations loi 1905 d’obtenir tous les cinq ans une validation du préfet, de rendre des comptes administratifs et financiers, de signer un contrat d’engagement républicain… Bénéficiaires de la loi de 1905 contre l’emprise de l’Eglise catholique sur la société d’alors, les protestants sont aujourd’hui les plus touchés et critiques sur le projet.

“Culture de suspicion” à l’égard des religions
Outre l’alourdissement bureaucratique infligé à des militants associatifs souvent bénévoles, c’est le  contrôle de l’Etat sur la croyance et son expression qui pose question. Elle permet  une interprétation arbitraire de ce qui est jugé inconvenable dans les prises de position des Eglises et de leurs associations. Le Secours catholique et la Cimade, en pointe sur la défense des droits des plus faibles, pourraient-ils par exemple voir habilitation et subventions supprimées, du fait d’un discours trop critique à l’égard de l’Etat ?
Dicté par la peur, ce projet de loi tend à renvoyer une image négative des religions. ” Culture de  suspicion “, s’indignent les Eglises. Celles-ci assurent pourtant, dans leur immense majorité, un irremplaçable lien social. La laïcité à la française, cadre institutionnel qui protège depuis 1905 toutes les convictions dans le respect de l’ordre public, glisse de plus en plus vers une religion d’Etat aux accents athées et aux tendances intrusives. En prétendant lutter ainsi contre le séparatisme religieux, elle risque de le renforcer et d’élargir à d’autres communautés le sentiment d’exclusion. Cette loi de circonstance raterait alors sa cible.

France-Algérie : déminage ardu de la mission Stora

Ouest-France 07.12.20 : ma chronique avant la publication du rapport Stora, le 20 janvier 2021, sur un difficile apaisement mémoriel.
Sortir de la guerre des mémoires, en vue d’une énième tentative de “réconciliation entre les peuples français et algérien” ? C’est le sens de la mission confiée par le président Macron à Benjamin Stora, en lien avec ses collègues historiens algériens. Un rapport, assorti de préconisations précises, qui doit être rendu public prochainement. Déminage ardu, tant cette mémoire là est explosive et éclatée, de part et d’autre de la Méditerranée. En France, elle est communautarisée en fonction des parcours personnels et des appartenances idéologiques de chacun. En Algérie, la mémoire nationale est confisquée par un pouvoir qui cultive le mythe fondateur d’un peuple uni derrière le FLN.

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La mémoire est sélective, par nature. Comme notre rapport à l’Histoire. Et passionnelle, car nourrie des incessants soubresauts de l’actualité. En septembre dernier, ce fut, dans un magazine français, la révoltante représentation en esclave d’une députée noire de notre parlement. Au début de l’été, le mouvement américain Black lives matter contre les violences policières a ravivé en Europe cette guerre des mémoires. Des rues ont été débaptisées, des statues vandalisées. Celle de Colbert à Paris et les effigies des colonies françaises, dans plusieurs de nos cités… “Le passé ne meurt jamais”, affirmait William Faulkner. Mais gardons nous de le regarder avec les critères moraux de notre temps.

Comment juger des faits historiques sereinement ? Se repentir d’avoir colonisé l’Algérie au 19e siècle ? Demander pardon pour l’esclavagisme des17e et 18e siècles ? Et jusqu’où mettre le curseur éthique dans l’exploration du passé ? Jusqu’au siècle de Louis XIV, aux conquêtes des deux Amériques, aux invasions arabes en Méditerranée… ? Jusqu’à convoquer au tribunal de l’Histoire toutes les barbaries dont les récits nationaux sont truffés. Et évoquer à tout bout de champ les crimes contre l’humanité, une notion juridique, aujourd’hui galvaudée ?

Les historiens nous invitent à regarder notre Histoire en face, dans sa complexité et ses divers côtés. Non pour renvoyer l’autre à ses errements, mais au nom de ce devoir de vérité qui apaiserait notre relation au passé. Pas plus que les excès d’une culture de repentance, les visions lénifiantes d’une histoire-otage des lobbys mémoriels n’y contribuent. Comme chercher à justifier la colonisation dans nos manuels scolaires. Mais aussi avec les incessantes incantations anticolonialistes du pouvoir algérien, dans le but de faire oublier les gabegies internes.

Plutôt que de repentance abstraite, la France devrait mettre en avant des faits précis, reconnaitre les discriminations et exactions dont ont été victimes les populations algériennes. Un peu à l’instar de Chirac à propos de la rafle du Vel d’hiv en 1942 à Paris, reconnaissant de facto la collaboration de l’Etat français avec l’occupant nazi. Ou comme en 2018, la démarche de Macron auprès de la veuve de Maurice Audin, pointant ainsi la responsabilité de l’armée française dans les tortures et disparitions à Alger. Encore faudrait-il aussi ne pas passer sous silence les exactions au sein du mouvement algérien de libération et dans la population. Délaissant les instrumentalisations de l’Histoire, ce travail de vérité est à réaliser ensemble des deux côtés. Condition nécessaire pour une réconciliation véritable.