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A propos Jean-Claude Escaffit

Journaliste honoraire, chroniqueur dans un quotidien, animateur de débats et d'émissions radio. Auteur de "Histoire de Taizé" (2016) et de "Sur les traces du père-Questions à l'officier tué en Algérie" (2014)

Guerre d’Algérie: les mémoires saignent encore.

Ouest-France 19.03.2022.  P 43 Réflexion
L’Histoire ne cesse de nous l’enseigner. Les guerres finissent rarement avec les cessez-le-feu, même quand ceux-ci sont respectés. Il est des mémoires qui saignent longtemps après le silence des armes. Cela fait soixante ans, le 18 mars, que les accords d’Evian ont été signés, mettant théoriquement fin aux combats sur le sol algérien. Et pourtant, la guerre mémorielle n’est toujours pas éteinte. Non seulement entre les deux rives de la Méditerranée, mais aussi dans le cœur des Français. On a eu souvent l’impression, au gré des récits et commémorations, de ne pas évoquer la même guerre. Même à l’intérieur de nos frontières.
Mémoire éclatée chez nous, mémoire confisquée en Algérie. Elle est devenue pour le pouvoir héritier du FLN une “rente ” destinée à masquer ses propres incuries. A défaut d’ avancer avec le régime actuel d’Alger, l’ambition du  rapport Stora a été de réconcilier les mémoires antagonistes de sept millions de Français concernés (soldats appelés, pieds-noirs, harkis, enfants d’immigrés…).
Pas de bon ou mauvais côté de la souffrance
Changement notoire, les préconisations du rapport remis au président de la République  en janvier 2021 prennent en compte les blessures dans leur diversité. Il n’y a pas de bon ou mauvais côté de la souffrance. Et il n’est de devoir de mémoire sans devoir de vérité.
Ainsi, depuis un an, une quinzaine de  propositions plurielles ont été mises en œuvre par le président français. D’abord, c’est la reconnaissance de la torture et de l’assassinat par l’armée française de l’avocat Ali Boumendjel. Comme quelques mois plus tôt, la démarche d’Emmanuel Macron auprès de la veuve de Maurice Audin, jeune militant français pro FLN disparu. Ce sera aussi l’annonce de l’accès simplifié aux archives de l’armée, la mise en place d’une commission Mémoire et vérité, la construction d’un musée France-Algérie à Montpellier, l’érection (perturbée) à Amboise d’une statue d’Abdel-Kader, héros de la résistance algérienne et défenseur des minorités chrétiennes en Orient.
En octobre 2021, le président poursuit sa politique d’apaisement mémoriel, en qualifiant de « crimes inexcusables pour la République », il y a 60 ans, le massacre à Paris de manifestants algériens par la police française. Juste avant, c’est une demande de pardon envers les harkis pour les avoir abandonnés après-guerre. Puis en janvier dernier, la reconnaissance officielle de la souffrance de près d’un million de Français d’Algérie, qui ont quitté la terre natale après la signature des accords d’Evian.
Blessures et rancœurs font le lit des régimes autoritaires
Catalogue tous azimuts, railleront certains. Travail pédagogique incessant vers une Histoire partagée, rétorque Stora, l’auteur du rapport. Cette politique des petits pas qui veut ériger des passerelles entre ces mémoires fragmentées a aussi ses limites. Comment construire un récit commun avec des anniversaires consensuels ?
Impossible de se mettre d’accord par exemple, sur une commémoration de fin de conflit. Le 19 mars 1962, date du cessez-le-feu en Algérie ? Pas évident de célébrer l’anniversaire d’un événement qui est loin d’avoir marqué l’arrêt des violences. Quelle autre date alors ? Le choix d’événements mémoriels est révélateur de notre rapport à l’Histoire et de notre volonté d’envisager un destin commun. Un sacré défi. Car c’est bien connu, les blessures, les rancœurs et les humiliations tapies dans les mémoires font le lit des régimes autoritaires, avec leur cortège de menaces vengeresses.
(1) Auteur de Sur les traces du père. Questions à l’officier tué en Algérie  (1) Préface de Yasmina Khadra (Salvator).

L’information et les médias au défi des réseaux sociaux.

Texte Conférence de Jean-Claude Escaffit, ancien médiateur de la rédaction de La Vie.

Interview de V. Potier par J-C Escaffit , Sur Dialogue RCF.

Le médiateur de presse : une espèce rare en voie de disparition n’existe pratiquement que dans l’audiovisuel public et le groupe Le Monde (Monde quotidien et La Vie: fini). Avocat des lecteurs auprès de la rédaction, mais aussi de la rédac auprès des lecteurs. S’il explique les contraintes du métier au public, il donne des avis en principe indépendants et parfois critiques sur le travail de son journal, y compris dans des billets publiés sous sa seule responsabilité. Position inconfortable vis à vis des collègues et de son propre employeur dont il reste salarié. Responsable de la relation lecteurs et du forum des lecteurs (je répondais à 300 lettres par semaine, dont les critiques cependant minoritaires) ; cette expérience passionnante a permis aussi un regard distancé sur le métier d’informer.
On a pu voir au début des années 2000 comment la révolution internet a bouleversé les pratiques journalistiques mais aussi notre manière de nous informer, nous citoyens. Les réseaux sociaux sont un défi de taille pour l’information. Comment le relever ?
Exposé en trois parties :
1) Impact des mutations  techniques sur les médias. 2) Risques des réseaux sociaux  sur la fiabilité de l’info. 3) Débusquer les  Fakenews.
Conclusion : A quelles conditions relever les défis médiatiques face à la révolution numérique ?

I Mutations techniques et évolution médiatiques

1 L’histoire de la presse s’est toujours construite au rythme des diverses mutations techniques. Chaque nouvelle découverte a fait chaque fois émerger de nouveaux médias, mais en bousculant ceux déjà en place.

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Petit retour dans le rétroviseur. Je vous propose de revisiter très rapidement les grandes mutations de la presse : Sans remonter à l’invention de l’imprimerie de Gutenberg au 15e siècle (1454), qui a permis  la diffusion de l’écrit, avec des livres jusqu’à l’arrivée en France de la première gazette en 1651, fondée par Théophraste Renaudot. (Celui du prix créé en 1926, par des journalistes pour lui rendre hommage et pour concurrencer le Goncourt ).
 En fait, c’est vers la fin du 19e siècle avec la révolution industrielle que les journaux d’information naissent véritablement (dates clé : 1881 la loi sur la liberté de la presse, puis un an plus tard, celle sur l’école obligatoire de Jules Ferry). A cette époque, création Figaro, l’Aurore, La Croix, AFP. Période faste : Début 20e siècle, 600 titres en France dont 80 à Paris (quatre avec un tirage de plus d’un million d’exemplaires).
 La presse écrite connaitra un monopole florissant durant plus d’un demi siècle, jusque dans les années 1930, lorsqu’elle sera concurrencée par la radio (en France, premier émetteur sur la Tour Effel date de1921). C’est un média plus souple et rapide, mais totalement sous contrôle de l’Etat. D’où aussi une guerre des ondes, notamment durant l’occupation de l’Europe par l’Allemagne nazie.
Après guerre, alors que journaux écrits et radio se partagent l’espace médiatique, va émerger au cours des années 50 un média qui va révolutionner l’accès à la culture, aux loisirs et à l’information :  la télévision.  Au point de prendre la première place vers la fin des années 60 et de s’interroger sur la survie de la presse écrite. Si celle-ci va énormément régresser, elle ne va pas disparaitre pour autant. Les trois grands acteurs médiatiques vont se partager l’espace avec des sortes de spécialisations implicites . Même si ça fait un peu clichés, on s’accorde à dire que la radio informe, la télévision montre (aujourd’hui importance du témoignage par les images,  de guerre, de tragédies), quant à la presse écrite, elle commente et explique. A travers ces spécificités, se dessinait  une forme d’équilibre complémentaire.  
Sauf qu’à la fin du 20e siècle une révolution énorme va bousculer tout cet équilibre : non seulement notre rapport à l’information, mais aussi tous nos modes de communication. La révolution Internet, une mutation du même ordre que la révolution de l’imprimerie à la Renaissance. Sans doute plus encore…

L’émergence du numérique bouleverse le paysage médiatique de deux manières : l’accès à l’information mais aussi la production d’information à la portée de tous.
2 – L’accès de tous à l’information par les réseaux sociaux
On dénombre aujourd’hui des milliards d’utilisateurs des réseaux sociaux dans le monde (Facebook, twitter, Linkeln, Instagram, Tik-Tok, Messenger et newsletter et forum de sites).
Finie la Grand messe TV du 20h, suivie par une écrasante majorité de la population ou l’écoute des infos à la radio le matin. Surtout pour les plus jeunes. On est à l’heure du snacking de l’information à la demande, en “picorant” sur YouTube, Instagram et Facebook. Et dans ce rapport à l’information, via les réseaux sociaux, on observe une rupture générationnelle autour de 35-40 ans :
Si  les plus de 35-40 ans  s’informent encore majoritairement via la télévision (50%) puis par internet (25%) et la radio (17%).  Chez les moins de 35 ans la tendance est inversée. Et plus le public est jeune, plus la tendance de l’internet majoritaire est marquée : Pourcentage chez les 18-24 ans qui accèdent à l’information, d’abord par internet : 75%, la TV tombe à 18% . A mettre au regard d’un autre chiffre : 70 % des 18-24 ans se sont abstenus aux législatives de 2022. En se gardant de faire des liens de causalité, on ne peut que s’interroger sur cette crise concomitante des diverses institutions.
Ce n’est  pas seulement les habitudes de consommation de l’info qui ont changé depuis une quinzaine d’années, c’est aussi sa production. Finie l’information descendante et le monopole journalistique. A partir du moment où tout le monde peut être témoin d’un événement, n’importe où, n’importe quand, filmer, photographier avec son Smartphone et a les moyens techniques de les diffuser avant l’arrivée des reporters et envoyés spéciaux, à quoi servent alors les journalistes ?
 
Ce changement est un vrai défi pour la presse. Avec une question récurrente que nous nous sommes posés au début dès les années 2000. A  partir du moment où tout le monde peut faire du  journalisme, est-ce la fin des journalistes professionnels ? Multiples revues et colloques sur l’avenir de la presse. Cela a permis aussi de redéfinir la raison d’être de ce métier.

II Les risques de la révolution numérique pour l’information

Nouvelles technologies offrent de formidables possibilités et de nouveaux horizons. Mais posent de sérieuses questions. Celle des informations non vérifiées, voire erronées, avec les fameuses Fakenews.
On peut distinguer :
– Fakenews ;
 information mensongère produite de manière délibérée. Outil de propagande de lobbys puissants, voire d’Etats et régimes autoritaires (cf  Poutine, campagnes électorales ou des conflits stratégiques).
– Informations erronées, reprises de bonne foi. Soit des témoignages indirects déformés, soit des rumeurs colportées dont les sources mal définies. Cela a toujours existé (sur origines des maladies ou encore la rumeur d’Orléans), mais les rumeurs connaissent aujourd’hui une propagation exponentielle.  
Exemple d’info erronée ou de rumeur : l’ouragan Irma. Le 6 septembre 2017,  Irma, balayait le nord des Petites Antilles, notamment les îles françaises de Saint-Barthélémy et Saint-Marin, Bilan officiel 12 morts. Déchainement des réseaux sociaux sur le mode « On nous cache des morts ». Des centaines de milliers d’internautes persuadés que le bilan à St Martin était largement sous estimé : chiffres qui ont circulé : plusieurs centaines de victimes voire des milliers.  Par ex, une certaine Rebecca, une Provençale affirmait sur Facebook être en lien constant avec sa famille. Qu’ils avaient vu des cadavres charriés par dizaines. Sa vidéo postée a été vue… 4 millions de fois !
Contre-enquête journalistique ; Le Monde (envoyé spécial dans hôpitaux +  Service Décodeur) a enquêté et remonté l’info et les témoins soit disant directs qui se dérobent tous : « Pas moi mais quelqu’un qui m’assure avoir vu… « Il est des gens qui croient malgré les démentis et les preuves que les autorités et la presse mentent. Il faut beaucoup plus d’énergie pour rétablir une vérité que de diffuser un mensonge.
Une des causes du dévoiement : Les moteurs de recherche sur le Net.
Taper un mot clef : plusieurs milliers d’articles apparaissent dans un ordre aléatoire. Quel tri, quelle fiabilité ?
La présentation hiérarchique n’a plus rien à voir avec l’importance et l’intérêt du sujet ou la référence de la source émettrice, mais votre recherche est orientée par les algorithmes, en fonction du nombre de vos clics. Plus c’est sensationnel, plus ça fait du bruit, du  buzz, plus ça suscite de l’intérêt. Un dirigeant de Facebook a même affirmé :  « Aujourd’hui, pas important qu’une histoire soit vraie, mais plutôt qu’elle suscite de clicks ».
Donc, nos recherches sur les réseaux sociaux  peuvent nous enfermer à notre insu dans une bulle de désinformation, voire nous amener même à adhérer ou partager des théories complotistes. Selon un sondage Odoxa pour France info et Le Figaro, 30 %  des Français disent avoir relayé une info issue du complotisme (45% de ceux qui disent s’informer par les réseaux sociaux) et qui ont la lucidité de se rendre compte.
Une étude de l’Ifop pour la Fondation Jean Jaurès et l’observatoire Conspiracy Watch, publiée en janvier 2018, révèlerait même que 79% des Français ont cru à au moins une information issue du complotisme, dans une liste importante de faits erronés. Chiffre à interpréter avec prudence. Cependant les exemples sont éloquents. Je vous en cite quelques uns pêle-mêle :
– 32% des Français pensent que « le virus du sida a été créé en laboratoire et testé sur la population africaine avant de se répandre à travers le monde » (sans doute davantage si question sur la Covid !)
–  31% sont d’accord avec l’affirmation que « les groupes djihadistes comme Al-Qaïda ou Daech sont en réalité manipulés par les services secrets occidentaux« .
 Enfin, tenez-vous bien, 16% des Français pensaient en 2018 que les Américains n’ont jamais été sur la lune.  Combien croyaient « possible que la Terre soit plate et non pas ronde comme on nous le dit depuis l’école » ?  9% de platistes  en France au 21 e siècle !
Les algorithmes vous offrent des propositions en fonction de vos centres d’intérêt et vos recherches et vous proposent des contenus ajustés qui peuvent peu à peu vous enfermer.
Exemple de Clément, jeune chercheur, a témoigné dans le formidable documentaire de France 5 « La fabrique du mensonge ».  Quand il était étudiant  Il  est tombé pendant deux ans dans une dangereuse spirale radicale : défenseur de  la cause  palestinienne, il a regardé les vidéos de Dieudonné qui s’est servi de cette cause pour illustrer de façon feutrée ses thèses antisémites. Ainsi les algorithmes ont proposé à Clément d’autres vidéos de + en + radicales, l’amenant à  croire à l’existence d’un complot mondial des élites. Ce qui l’a réveillé, ce ne sont pas des arguments rationnels, mais un choc émotionnel. La prise de conscience d’une véritable spirale de la haine antisémite, lui l’antiraciste.
C’est surtout la crise sanitaire qui a facilité le complotisme, à travers  l’explosion des réseaux sociaux. Il évolue avec des formes renouvelées : depuis la crise des Gilets jaunes à la guerre en Ukraine, en passant bien sûr par le Pass sanitaire et l’injonction vaccinale.  Mais s’il a diverses facettes, il contient les mêmes ingrédients de méfiance à l’égard des paroles institutionnelles. Pire,  il peut désigner des boucs émissaires, une communauté spécifique, souvent par des sous entendus à l’origine d’un complot mondial. « Qui? » contrôle la meute médiatique ? Qui dirigent le big farma, ces labos qui fabriquent ces vaccins ?  Qui dirigent la politique sanitaire ? Liste de personnalités ciblés :  les Levy, Agnès Buzin, ministre de la santé au début de la pandémie, prof  Salomon du Conseil scientifique, le banquier Rothschild… L’antisémitisme qui restait confiné dans des cercles restreints d’extrême droite se répand grâce aux réseaux sociaux. L’influence de ces réseaux plus importante que ce que l’on croit, chacun ayant plusieurs centaines de milliers de followers. Alain Soral (Egalité et réconciliation) Samuel Gougeon jesuispartout.com et qui rappellent les années 30 (vient d’être interdit). QAnon, appelant à l’insurrection aux US, commence à toucher l’Europe.
Des intox peuvent être aussi relayées par une application chinoise, avec des intérêts stratégiques évidents, Tik-Tok, la plus prisée des moins de 25 ans (à l’origine chorégraphies d’ados) : 1 milliard de followers.
Inquiétante montée de l’antisémitisme ? Cité par France 5, un sondage Ipsos affirme que  25% des Français pensent qu’il existe un réseau juif qui influence les affaires du monde. Est-ce à dire qu’un Français sur quatre est antisémite ? Non, mais il peut être influencé par des  réseaux qui, comme le souligne Barack Obama, « amplifient  les pires instincts de l’humanité« .  

Le grand paradoxe : Internet et les réseaux sociaux, qui offrent de formidables ouvertures sur le monde et qui peuvent être un  levier puissant pour les populations, là où les médias sont muselés ou sous contrôle de régimes autoritaires (révoltes du Printemps arabe, de Hong-Kong… ), ces formidables instruments d’ouverture technologique nous ont souvent amenés à un repli dans des communautés de gens qui nous ressemblent, qui pensent comme nous. Ils nous mettent dans un entre soi qui peut nous placer sous influence. Aux USA, par ex, plus de la moitié des électeurs républicains sont encore  persuadés que l’élection présidentielle a été truquée et que Trump a gagné.
  En cherchant à conforter certaines de nos opinions, de nos choix  politiques ou spirituels, les réseaux sociaux risquent de nous enfermer dans des certitudes extravagantes.
Nous pouvons tous y être confrontés, y compris dans nos milieux chrétiens.  Voici, un exemple vécu :  Un membre de notre paroisse affirmait que le pape François aurait baisé la main du banquier David Rockfeller. « Preuve qu’il  serait bien sous influence d’un complot mondialiste ourdi par les juifs et les Francs-maçons« .  C’est évidemment faux. Et je vous expliquerai dans un prochaine partie pourquoi et comment on s’y est pris pour vérifier.
Les complotistes mettent en avant leur esprit critique. Parfait. Le doute est une méthode saine. Mais à partir du moment où cette méthode repose sur un dogme anti-élites, anti-institutions, qui ne peut être remis en question, cette grille de lecture s’enferme dans une forme de cécité :  « Je suis certain qu’on nous trompe, qu’on est manipulé par la presse, le gouvernement, les élites politiques, médicales, économiques, qui sont en plus de connivence… »  A partir de ce postulat érigé en dogme, on peut développer tous les sophismes. Et du moment où ces infos émanent de gens proches idéologiquement de nous, de réseaux faisant partie de notre communauté de pensée, elles deviennent intouchables. Certains complotistes pensent même faire partie d’un petit groupe d’élus, initiés à une vérité cachée et se sentent investis de la mission de nous la révéler.
Les psycho-sociologues disent que nous sommes rentrés dans l’ère de la post vérité. La vérité devient une opinion subjective. Après tout, chacun a la sienne.

III Débusquer informations erronées et fakenews ?

D’abord il s’agit d’identifier la source de cette information : qui en est à l’origine ? Ensuite croiser les diverses sources, en cherchant si possible les plus fiables. Et enfin tenter de déterminer où se situe le dévoiement de l’information.
1- Identifier la source : Chaque fois que je tombe sur une info suspecte, je vais voir d’abord de qui elle émane. Si elle a été envoyée sans signature ou origine, on peut recopier la citation et la mettre sur un moteur de recherche  (Google ou Lilo moteur associatif indépendant des Gafa). Aujourd’hui c’est beaucoup plus facile. Le moteur de recherche peut vous renvoyer alors sur le site émetteur de cette intox, voire vous livrer des preuves de la manipulation par des médias qui ont enquêté.
Revenons sur la révélation du  » pape baisant la main d’un banquier juif »?  Avec les moteurs de recherche, on tombe très vite sur un démenti de L’Agence France Presse qui a publié l’originale de cette photo.  Cette agence de presse mondialement connue  nous révèle qu’elle a été totalement détournée de son sens sur les réseaux sociaux. Le démenti vient à la fois  du photographe qui en est l’auteur et de l’agence de presse qui republie alors la légende d’origine : le  personnage dont  le pape baise la main  n’est pas David Rockfeller mais un survivant de l’holocauste lors de la visite de François au mémorial Yad Vashem à Jérusalem ! Infox qui émane de sites antisémites repris par certains groupes intégristes catholiques.

Alors, quand vous tapez un mot clé pour une information d’actualité ou pour  une recherche générale, comment en vérifier la fiabilité ? Il peut y avoir alors des dizaines de propositions qui s’affichent dans un ordre très aléatoire. Personnellement je recherche la source censée être la plus sérieuse (universitaire, institutionnelle ou à l’origine de cette info). Et je la recoupe, la compare  avec plusieurs autres sources. C’est une méthode journalistique classique de vérification des informations.
Ou encore je vais sur les sites de journaux auxquels je suis abonné : La Croix, Le Monde, La Provence. Cela ne signifie pas qu’ils sont irréprochables. Tout journal livre une info située par le choix de ses sujets, leur présentation et bien sûr les commentaires. Mais un fait reste indiscutable. Et si l’info sur ce fait est erronée, elle doit faire l’objet d’un rectificatif ou d’un droit de réponse. A la différence des réseaux sociaux, la presse doit rendre des comptes, y compris parfois à la Justice.

Quelles sont  les sources des journalistes ? Important de les énumérer pour  comprendre le travail de la presse. Sources de six ordres :
– 1 Les agences de presse (AFP, AP, Reuter…)qui ont des correspondants dans le monde entier. La plupart des grands journaux y sont abonnés.
– 2 Les sources institutionnelles (ministères, partis, Eglises, services publics, fédérations sportives, entreprises… ). Communiqués, conf de presse, téléphone, déjeuners…
– 3 les contacts personnels: Pour les rubricards po, éco, sciences. (informateurs locaux, spécialistes, universitaires ou praticiens, lecteurs… ) aident à l’analyse.
– 4 L’enquête terrain, l’investigation approfondie (un luxe de médias qui ont les moyens, remis cependant au goût du jour)
-5 La Documentation du journal (journaux, revues, et agenda prévisionnel). Importance accrue de l’anticipation.
– 6 Internet et les réseaux sociaux (Twiter, moteurs de recherche… ).
Tous les  journalistes utilisent aujourd’hui  Google ou autres moteurs de recherche dans leur travail (- de 50% en 2005). Précipitation parfois dommageable. Accélération de la concurrence de l’information aura aussi un impact sur les rédactions prises par le temps et la multiplicité des sources, des concurrences.  Médias audiovisuels les plus touchés, surtout les médias d’info continue pris par l’immédiateté et des concurrences féroces. Cela génère aussi des ratés dans l’information et propagation de fausses nouvelles, qui peuvent être démenties à l’antenne dix minutes plus tard. Mais trop tard, une fois partie dans la nature et dans les réseaux sociaux.

En somme, comment vérifier une information ? Pour résumer, 1) Identifier la source de cette information et qui en est à l’origine. 2) croiser les diverses sources, en cherchant si possible les plus fiables. 3) tenter de déterminer où se situe le dévoiement de l’information. Car la plupart du temps, dans une  rumeur ou une info intox, il y a au départ une bribe de vérité, fût-elle infime. 
Un exemple : il émane d’un mail d’un de mes cousins, officier en retraite, m’interrogeant sur une soit disant « révélation  » où il est affirmé que Le Drian, (alors ministre des armées),  « est lié à la politique de soutien aux djihadistes en Syrie aux côtés des services de renseignement saoudiens ».
J’ai finalement pu, faute de l’avoir trouvé d’emblée dans les moteurs de recherche, identifier l’origine à force de recoupements : cette info émanerait d’un groupe d’extrême droite de Bretagne, où Yves Le Drian était justement candidat à une élection. Ensuite j’ai relié cette accusation avec d’autres accusations récurrentes et sous jacentes dans le mail reçu, et qui elles sont exactes.
On sait effectivement que la France vend des armes à l’Arabie Saoudite (qui s’en sert pour des causes pour le moins douteuses  : au Yemen en ce moment).  On sait que le régime saoudien veut faire tomber Bachar al-Assad, qui est soutenu par l’Iran, son grand adversaire chiite. L’Arabie saoudite  a sans doute livré des armes françaises à des gens de Daech en Syrie. Du moins au début. Mais de là, à considérer qu’un ministre français a soutenu en secret les djihadistes en Syrie, c’est un raccourci pour le moins osé. C’est l’exemple même d’un fait connu  et dévoyé pour être instrumentalisé.

Pour aller vers la conclusion,  en revenant à notre interrogation du début : la presse peut-elle relever le défi de la révolution numérique ? Le journalisme a t-il un avenir ?
Oui, à deux conditions ou plutôt deux séries de conditions : savoir s’adapter aux nouvelles cultures et restaurer la confiance du public avec un nécessaire retour aux fondamentaux du métier.  
1ères  Conditions : intégrer ces nouvelles technologies. Si la presse papier semble condamnée, ce n’est pas le cas de l’écrit. Elle propose des abonnements numériques (Le Monde, 500 000 abonnés web, bcp plus que les lecteurs papier), elle cherche à  s’adapter aux nouvelles habitudes de consommation de l’info, en envoyant des alertes d’actu en temps réel, en offrant des articles en kit. Rédactions ont désormais des service web. Les journalistes ramènent du son, de l’image, envoient des tweet pendant des conférences de presse ou l’événement dont ils sont témoins. Polyvalence écrit, son, image. On appelle cela le mix-médias.  
Idem pour Presse audiovisuelle et notre radio RCF en particulier, ont su aussi s’adapter en jouant leur propre partition, en proposant  émissions à la demande avec ses podcasts permettant d’écouter quand on veut, en envoyant des newsletters régulières. Avec le DAB+ (digital audio broadcasting), successeur  numérique de la FM.
 A condition aussi de développer l’interactivité avec son public, en suscitant des débats intelligents et posés, qui ouvrent à la réflexion, plutôt qu’aux réflexes et invectives qui sévissent trop sur Facebook.
Deuxième condition et pas des moindres : la presse a un avenir si elle est capable de rétablir la confiance, en revenant notamment à ses fondamentaux. Selon le Baromètre annuel La Croix-Kantar, jamais la confiance envers les médias n’a été aussi faible qu’en 2022 : tous récoltent moins de 50% des Français, même radio (49% – 3) à égalité avec presse écrite (49), TV (44). La crédibilité de la presse s’est beaucoup érodée (comme d’ailleurs les paroles publiques). Mais  la confiance la plus basse : 24 % pour… les réseaux sociaux qui restent pourtant le média le plus utilisé !
 La restauration de la confiance passe  par l’éducation aux médias (école)  montrant le rôle irremplaçable de la presse, mais apprenant aussi un regard critique. Et la confiance passe aussi par un retour aux fondamentaux d’une presse de qualité (6 conditions)
– 1Vérification des sources : C’est son ADN. Mais aussi capable de contrer et démonter les rumeurs. Tous les grands médias ont des cellules de décodage  des rumeurs, d’investigation. Le décodeur (Le Monde),  Désintox (Arte), Le vrai du faux (France info)…
– 2 Hiérarchie des informations : Toutes ne sont pas d’égales importances. Les présenter avec clarté et pédagogie.
3 Retour sur le terrain : le reportage reprend ses lettres de noblesse,  Le témoignage reste capital.  Cf guerre en Ukraine où des journalistes risquent leur vie pour témoigner des tragédies, voire des crimes de guerre (en se méfiant des manipulations. Car des deux côtés se jouent une guerre de communication).
4 Rôle accru de l’investigation, de l’enquête. Un luxe de journaux, aujourd’hui (Panama, Paradise paper, 6 mois d’enquête mutualisée ds le monde). Développer des sujets originaux, des angles inédits, alors que la presse avait tendance ces derniers temps à être assez conformiste, à se copier beaucoup.
–  5 Développer son rôle d’explication de mise en perspective. Donner des clés de lecture et de décryptage d’un monde de plus en plus complexe et rapide.
En 2008 J’avais invité Edgar Morin, (qui aura 101 ans en juillet prochain !), devant les lecteurs et la rédaction en chef de La Vie, à nous livrer son regard de sociologue sur le journalisme et l’information  : « L‘information devient connaissance que si elle est contextualisée, soulignait- il selon sa méthode bien connue . Sans contextualisation une connaissance devient myope, parfois aveugle. Et d’ajouter aussi (pour nous 6e condition) :  
–  6 « Le journaliste doit être un explorateur des sous sols ».  « Souvent, explique E Morin,  un événement capital est complètement ignoré, parce qu’il se situe dans les profondeurs. Quand on a découvert dans les années 30, la structure de l’atome, ce fut un non événement, hormis pour les physiciens. Cela deviendra quelques années plus tard, un événement capital dans l’Histoire, avec la confection de la première bombe atomique et Hiroshima. Le journaliste devrait être aussi un peu plus explorateur pour aller voir ce qui  se passe dans les sous sols. »
En somme, le journalisme a un avenir s’il cultive avec humilité la recherche de la vérité, en vérifiant systématiquement ses sources, en enquêtant le plus sérieusement possible sur le terrain, en nous aidant à comprendre ce monde de plus en plus complexe. En un mot si le journaliste ne s’en tient pas à l’écume de l’actualité, mais si, en creusant inlassablement ses sujets, il est un véritable chercheur de sens !

PS –  Deux événements  contradictoires ont balisé notre actualité ces dernières semaines  : L’Union européenne adoptait fin avril 2022  un Digital Services Act,  très contraignant obligeant les plateformes à réguler les réseaux, les obligeant à  contrer le contenu haineux, injurieux ou diffamatoire.
Le lendemain, l’annonce du rachat de Twitter par le milliardaire américain Elon Musk, dans la mouvance  libertanienne  (liberté absolu d’expression, d’injurier, de mentir, de menacer)…
16 juin 2022 @copyright JC Escaffit

L’information et les médias au défi des réseaux sociaux.

JC Escaffit avec Vincent Potier

Conférence publique, jeudi 16 juin à Aix, de Jean-Claude Escaffit
Comment la révolution numérique a bouleversé les pratiques journalistiques et notre manière de nous informer. Comment contrer les « fake news » et relever les défis de l’information ?15h 30 Temple protestant de la rue Villars à Aix. Dans le cadre des Amis de Dialogue RCF et en soutien de la radio . Voir le texte de la conférence

Guerre d’Algérie : « halte au feu » mémoriel

La Provence 13.03.22
Il est des mémoires qui saignent longtemps après le silence des armes. Cela fera soixante ans, le 18 mars, que les accords d’Evian ont été signés, mettant théoriquement fin aux combats sur le sol algérien. Et pourtant, la guerre mémorielle n’est toujours pas éteinte. Mémoire éclatée chez nous, mémoire confisquée en Algérie. A défaut d’avancer avec le régime actuel d’Alger, l’ambition du rapport Stora a été de réconcilier les mémoires antagonistes de sept millions de Français concernés (soldats appelés, pieds-noirs, harkis, enfants d’immigrés…).  Les préconisations du rapport remis en janvier 2021au président de la République,  prennent en compte – c’est nouveau – la diversité des blessures. Il n’y a pas de bon ou mauvais côté de la souffrance. Et il n’est de devoir de mémoire sans devoir de vérité.

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Ainsi depuis un an, une quinzaine de propositions ont été mises en œuvre par le président français : reconnaissance de la torture et de l’assassinat par l’armée française de l’avocat Boumendjel, création d’une commission Mémoire et vérité et d’un musée France-Algérie à Montpellier, accès simplifié aux archives de l’armée, érection (perturbée) à Amboise d’une statue d’Abdelkader, héros de la résistance algérienne et défenseur des minorités chrétiennes en Orient. A l’automne  2021, c’est la demande de pardon envers les harkis pour les avoir abandonnés après-guerre, la reconnaissance du massacre de manifestants algériens par la police française, en octobre 1961 à Paris. Gestes forts qui se poursuivent par la reconnaissance, en janvier dernier, de la souffrance de près d’un million de rapatriés…Mesurettes démagogiques tous azimuts, railleront certains. Travail pédagogique incessant vers une Histoire partagée, rétorque l’auteur du rapport. Cette politique des petits pas et de passerelles entre des mémoires fragmentées a aussi ses limites. Comment construire un récit commun avec des anniversaires consensuels ? Le 19 mars 1962, date du cessez-le-feu en Algérie ? Pas évident de célébrer l’anniversaire d’un événement qui est loin d’avoir marqué l’arrêt des violences. Le choix d’événements mémoriels est révélateur de notre rapport à l’Histoire et de notre volonté d’envisager un destin commun. Un sacré défi. Car c’est bien connu, les blessures, les rancœurs et les humiliations tapies dans les mémoires font le lit des régimes autoritaires, avec leur cortège de menaces vengeresses.

Ouest-France 19 mars 2022 60e anniversaire  : Lire 

Peut-on prouver scientifiquement l’existence de Dieu ?

La Provence 31.1. 21 :
C’est une vieille question qui passionne toujours autant. En prétendant « révéler les preuves modernes de l’existence de Dieu » , Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonassies  signent un best-seller. A partir des découvertes de la biologie, de la physique, du Big Bang…  les auteurs de « Dieu, la science, les preuves » (Ed. Guy Trédaniel, 580 p.) concluent à l’existence d’un Dieu créateur : « Si l’univers a un commencement, c’est qu’il a une cause qui le précède« .

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Panorama intéressant des rapports entre science et foi, l’ouvrage ne révèle rien de très nouveau pourtant. Mais ses conclusions péremptoires créent un malaise jusque chez des scientifiques chrétiens qui décèlent en plus des inexactitudes dans ce livre. Et l’astrophysicien Raphaël Duqué d’affirmer dans La Croix qu’il «  dessert autant la science et la foi ».
Depuis l’Antiquité, les preuves de l’existence de Dieu balisent l’histoire de la pensée. Comme chez Aristote avec sa recherche des causes du mouvement, St Thomas d’Aquin au XIIIe siècle… jusqu’aux frères Bogdanoff, dernièrement. Pas toujours convaincantes pourtant. A l’inverse, les preuves de l’inexistence de Dieu ne sont pas plus décisives. Comme la tentative du biologiste prix Nobel, Jacques Monod, avec son livre « Le Hasard et la nécessité ». Match nul, en somme ! En faisant de « la science, une nouvelle alliée de Dieu », qui relègue la philosophie matérialiste dans l’obscurantisme, on risque aujourd’hui de faire du scientisme à l’envers.
Certes, la foi judéo-chrétienne doit passer au tamis théologique de la rationalité,  mais elle n’a rien à voir avec la croyance en un « dieu horloger ». Elle est de l’ordre de l’expérience existentielle, de la relation, de l’émerveillement devant la beauté du monde. Si  la plupart des scientifiques croyants concilient leur foi avec leur exigence professionnelle, ils ne les confondent pas pour autant. Même l’abbé Lemaître, le père du Big Bang, s’est élevé contre tout concordisme qui cautionnerait les écrits bibliques scientifiquement. En fait, les démonstrations apologétiques qui s’affrontent butent sur l’insondable mystère du sens de l’existence. Alors que la science ne peut s’en tenir qu’au « comment », la vertigineuse  question du « pourquoi » ne sera jamais résolue scientifiquement. Pourquoi existons-nous ? Pourquoi l’univers ? Pourquoi y a t-il quelque chose et pas rien ? Et ce n’est pas demain que se tariront les interrogations sur ce problème sans fond !

Retrouvons l’esprit de Noël et son message universel

Le ridicule ne tue pas, grâce au ciel ! Une technocrate  européenne a proposé en novembre dernier de bannir le mot « Noël » de nos fêtes et échanges de fin d’année. Si ce guide de communication interne a été aussitôt retoqué par les instances de la commission de Bruxelles, il interroge sur une tendance qui voudrait, surtout en France, aseptiser les vœux entre  différentes traditions spirituelles, bouter les crèches hors des espaces publics, interdire les sapins des écoles de la République…

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  Pourquoi pas, tant qu’on y est, supprimer du calendrier toute référence religieuse et rebaptiser de l’onction laïque les 4000 communes de France qui portent le nom d’un saint ? N’en déplaise aux ayatollahs d’une pseudo laïcité, ce n’est pas Noël et ses crèches qui portent atteinte à la cohésion de nos sociétés. Il est des combats laïques plus essentiels. N’en déplaise aussi aux gardiens d’une certaine  « civilisation chrétienne » qui en font un étendard contre de nouvelles « invasions ». Claquemurés dans des certitudes identitaires et un égoïsme de nantis, ils dénaturent tout autant le message de la crèche.
La crèche, symbole d’un monde fraternel
Pour le pape François, elle est le symbole d’« un monde plus humain et plus fraternel, où personne n’est exclu ni marginalisé ». N’est-ce pas la célébration d’un enfant né dans une étable au milieu des bêtes, faute d’avoir pu être accueilli dans une auberge ou un foyer?  Evocation qui revient à Assise dans une tradition franciscaine du XIIIe siècle et qui sera revisitée avec ses santons dans notre Provence dès le XVIIIe. Quant aux personnages de la Pastorale, les voilà, jusqu’aux plus endurcis, saisis par la grâce devant un niston si fragile, si démuni. Assurément il peut toucher tous les cœurs, ce nouveau né que la tradition musulmane qualifie aussi de prince de la paix. Oui, le message de la nativité a une dimension universelle. Il s’adresse à ceux qui croient au ciel comme à ceux qui n’y croient pas. Un message de tendresse et de paix qui transcende les frontières de cultures, de milieux, de générations… Puissions-nous ne pas oublier cet esprit de Noël, dans un monde  perclus de tensions et de discordes. Jusqu’à nos repas de famille qui se muent parfois en batailles rangées. Au milieu de nos épidémies de Covid, d’invectives et de… « fièvre acheteuse », puissions-nous retrouver la gratuité de nos rapports humains et la joyeuse simplicité de cette fête du partage. 

Lutter contre le fanatisme dans les religions

La Provence 28.11.21. Intégrisme, radicalisme, djihadisme, séparatisme… Dans la famille des mots en « isme » qui sonnent souvent commedes maladies contemporaines, il en est un qui les embrasse tous depuis des lustres. Un mot qui sature notre actualité de sinistres exemples religieux, politiques et même sportifs : fanatisme !
Le Petit Robert le définit comme une « foi exclusive en une doctrine, une religion, une cause, conduisant souvent à l’intolérance et à la violence. » Si cette passion dévoyée  aux accents mystiques n’est pas cantonnée aux seules religions, celles-ci en sont depuis longtemps des vecteurs privilégiés. Il existe certes une grande différence entre un fondamentaliste chrétien qui refuse de voir enseigner la théorie de l’évolution et un islamiste qui prépare un attentat suicide. Mais depuis la nuit des temps, les ressorts sont les mêmes pourtant. Quelles sont les causes du fanatisme ? Comment le combattre ?

Quand la religion est malade, selon Frère Candiard

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Dans un petit essai brillant, salué par la presse dans sa diversité, Du fanatisme, quand la religion est malade (Editions du Cerf), Adrien Candiard, jeune frère dominicain de l’Institut d’études orientales du Caire, estime que le fanatisme  ne viendrait pas d’un excès de religiosité, mais au contraire d’une absence de Dieu. Ce n’est pas, selon lui, une déviance sociale et psychologique, mais bien un dévoiement spécifiquement religieux. Dans son plaidoyer qui prend le contrepied de bien des analyses, le théologien catholique, spécialiste du monde musulman, estime que le fanatique qui parle de Dieu à tout bout de champ l’a remplacé en réalité par des objets d’idolâtrie : la loi morale, les commandements, des textes ou rituels absolutisés. Et c’est sur le terrain religieux qu’il faut combattre ces déviances fanatisées.
L’auteur de la pièce de théâtre Pierre et Mohamed – sur l’assassinat de l’évêque d’Oran en Algérie, jouée un millier de fois en France – déplore qu’on ait évacué la théologie, du débat public, voire aussi de l’école de la République.  » C’est cette exclusion d’un discours raisonné  et critique de la foi et sur Dieu, qui favorise le fanatisme. Amoindrir la place du religieux dans la société ne l’a pas du tout réduit « . Et Adrien Candiard de souligner que la tentation idolâtre qui fait naîtrele fanatisme, y compris au sein de la laïcité, nous concerne tous. J-C.E.

Adrien Candiard fera une conférence sur le fanatisme religieux, jeudi 2 décembre à 20h, à Aix-en-Provence, Maison diocésaine, 7, cours de la Trinité. 

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Pédo-criminalité : on fait quoi maintenant Messeigneurs ?

Après « la sidération et la honte » pour l’Eglise catholique, on fait quoi « Messeigneurs » ? Vous êtes les premiers à vouloir tirer les leçons de ces terribles révélations : 216 000 mineurs abusés en France depuis 1950 par 3000 prêtres et religieux (3% du clergé). Un rapport que vous avez vous mêmes commandé et financé, qui souligne les multiples défaillances de l’institution.
Identifier, réparer, prévenir les crimes et abus de pouvoir, telles sont les grandes lignes des 45 préconisations de la CIASE (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise), présidée par Jean-Marc Sauvé.

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Outre la question des indemnisations des victimes (pour l’heure 5000 identifiées), c’est le fonctionnement systémique d’une « Eglise hiérarchique masculine », qui est pointé, « l’excessive sacralisation de la personne du prêtre », l’absence de laïcs, surtout des femmes dans les sphères décisionnelles… Tentation du cléricalisme que le pape François avait d’ailleurs dénoncée trois  ans auparavant dans sa Lettre au peuple de Dieu. Et pourtant, on a pu entendre encore récemment un vicaire général d’un grand diocèse rétorquer à un laïc : « Ici, nous ne sommes pas en démocratie, mais en théocratie »!
Ne pas noyer le poisson
Un double péril guette: d’un côté des pratiquants, déjà dans le doute ou un pied dehors, qui quittent en masse le navire et de l’autre, le noyau des plus identitaires s’enfermant dans l’entre-soi, mus par le sentiment d’être incompris de la société. Face à la colère et l’envie de changement de certains laïcs et prêtres, l’abattement fataliste guette souvent. Pire, c’est l’indifférence ou le déni que l’on voit monter à propos des révélations du rapport Sauvé.
Il s’agit maintenant, messieurs les évêques, d’articuler votre réflexion à celle du synode mondial sur la coresponsabilité dans l’Eglise, qui vient de s’ouvrir à Rome. A partir de votre assemblée de début novembre à Lourdes, vous aurez à déboucher sur l’action avec l’ensemble de vos ouailles.
Dans cette institution catholique, à la force d’inertie légendaire, attention de ne pas vous en tenir à quelques paroles de compassion (sûrement sincères), puis de vous empresser de retourner, mine de rien, à votre mission de reconquête. Avec ce slogan qui fait florès dans les diocèses :  » Tous disciples-missionnaires » ! Au milieu de ce que certains d’entre vous ont qualifié de « naufrage », ce serait un comble de noyer en plus le poisson.   

Avec Stora aux écrivains de Fuveau et sur RCF

 Sous les platanes de Fuveau, le 32 ème  salon littéraire du Pays d’Aix  samedi 4 et dimanche 5 septembre 2021.
Le pays invité  cette année étant l’Algérie, dialogue avec l’historien Benjamin Stora
, auteur du rapport pour une réconciliation des mémoires  France-Algérie, commandé par le président de la République : Podium du café littéraire. 
Voir l’événement

Sur les ondes de Dialogue RCF, l’historien incontournable de l’Algérie,  qui a eu  l’oreille de tous  les présidents de Mitterrand à Macron, se confie à Jean-Claude Escaffit sur  ses racines de juif pied-noir et son itinéraire de chercheur.

France-Algérie : Je t’aime, moi non plus.

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Chronique parue dans La Provence du 5 septembre 2021

Pays invité du salon littéraire du Pays d’Aix, durant ce week-end : l’Algérie. Comme chaque année à Fuveau, un pays étranger est mis à l’honneur. Vous avez dit pays étranger ? Par sa littérature qui porte haut pourtant les couleurs de la francophonie ? Avec des auteurs majeurs comme Yasmina Khadra, Kamel Daoud, Rachid Boudjedra… Pas vraiment étranger non plus, l’Algérie,  par la présence sur notre sol des migrants et de leurs enfants (estimés à 4 millions selon certaines sources), souvent de nationalité française. Si certains défraient dramatiquement la chronique ou se sentent laissés pour compte, ils sont cependant légion à afficher de discrètes mais éclatantes réussites, dans la culture, l’économie, la médecine…

Seulement voilà, les relations entre la France et son ancienne colonie restent passionnelles. Une affectivité qui s’exacerbe à l’aune des fascinations et des rancœurs. « Je t’aime, moi non plus », en somme. Cette attraction-répulsion s’explique à la fois par une immuable proximité et par une histoire compliquée.

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C’est la question de la mémoire autour de la colonisation et de la guerre d’indépendance qui cristallise les tensions. Mémoire douloureuse et éclatée chez nous, mémoire confisquée en Algérie. Elle est devenue pour le pouvoir d’Alger une « rente  » destinée à masquer ses propres incuries. Paris ne relève plus les incessants coups de griffe envers l’ancienne puissance coloniale. Ainsi, un ministre à la tribune du parlement algérien évoquait dernièrement  » la France, notre ennemi traditionnel et éternel » (sic). Escalades verbales et gesticulations qui masquent pourtant d’innombrables coopérations entre les deux pays. Pour l’heure, c’est entre le Maroc et l’Algérie que le torchon brûle, jusqu’à une rupture des relations diplomatiques. Ce « frère ennemi » est accusé par Alger d’avoir commandité les incendies qui ont ravagé surtout sa Kabylie rebelle. Derrière cette crise, un vieux contentieux sur le Sahara occidental au sud du Maroc.

Mais entre la France et l’Algérie, impossible divorce ! Comment apaiser alors des relations passionnelles entre proches, condamnés à vivre ensemble ? Cela suppose de mettre fin à cette guerre des mémoires. A commencer par ce côté de la Méditerranée. Mission confiée à l’historien Benjamin Stora (présent au salon des écrivains de Fuveau), avec son rapport contenant de nombreuses préconisations remises au président Macron. Terrain miné, mais incontournable défi.  
JCE Auteur présent au salon littéraire de Fuveau.