France-Algérie : Je t’aime, moi non plus.

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Chronique parue dans La Provence du 5 septembre 2021

Pays invité du salon littéraire du Pays d’Aix, durant ce week-end : l’Algérie. Comme chaque année à Fuveau, un pays étranger est mis à l’honneur. Vous avez dit pays étranger ? Par sa littérature qui porte haut pourtant les couleurs de la francophonie ? Avec des auteurs majeurs comme Yasmina Khadra, Kamel Daoud, Rachid Boudjedra… Pas vraiment étranger non plus, l’Algérie,  par la présence sur notre sol des migrants et de leurs enfants (estimés à 4 millions selon certaines sources), souvent de nationalité française. Si certains défraient dramatiquement la chronique ou se sentent laissés pour compte, ils sont cependant légion à afficher de discrètes mais éclatantes réussites, dans la culture, l’économie, la médecine…

Seulement voilà, les relations entre la France et son ancienne colonie restent passionnelles. Une affectivité qui s’exacerbe à l’aune des fascinations et des rancœurs. “Je t’aime, moi non plus”, en somme. Cette attraction-répulsion s’explique à la fois par une immuable proximité et par une histoire compliquée.

C’est la question de la mémoire autour de la colonisation et de la guerre d’indépendance qui cristallise les tensions. Mémoire douloureuse et éclatée chez nous, mémoire confisquée en Algérie. Elle est devenue pour le pouvoir d’Alger une “rente ” destinée à masquer ses propres incuries. Paris ne relève plus les incessants coups de griffe envers l’ancienne puissance coloniale. Ainsi, un ministre à la tribune du parlement algérien évoquait dernièrement ” la France, notre ennemi traditionnel et éternel” (sic). Escalades verbales et gesticulations qui masquent pourtant d’innombrables coopérations entre les deux pays. Pour l’heure, c’est entre le Maroc et l’Algérie que le torchon brûle, jusqu’à une rupture des relations diplomatiques. Ce “frère ennemi” est accusé par Alger d’avoir commandité les incendies qui ont ravagé surtout sa Kabylie rebelle. Derrière cette crise, un vieux contentieux sur le Sahara occidental au sud du Maroc.

Mais entre la France et l’Algérie, impossible divorce ! Comment apaiser alors des relations passionnelles entre proches, condamnés à vivre ensemble ? Cela suppose de mettre fin à cette guerre des mémoires. A commencer par ce côté de la Méditerranée. Mission confiée à l’historien Benjamin Stora (présent au salon des écrivains de Fuveau), avec son rapport contenant de nombreuses préconisations remises au président Macron. Terrain miné, mais incontournable défi.  

JCE Auteur présent au salon littéraire de Fuveau.