Archives mensuelles : décembre 2020

Eglise-Etat : des malentendus révélateurs.

6.12.2020. Dans un climat partout tendu, le torchon brûle aussi entre l’Eglise catholique et le gouvernement. Ce sont les conditions de réouverture aux cultes qui ont déclenché l’ire des évêques. La jauge de 30% de la capacité des églises aurait été négociée entre l’épiscopat et le ministère de l’intérieur.
Mais voilà que ce pourcentage s’est transformé en… 30 places, lors de l’intervention du président. Une jauge s’appliquant indifféremment aux chapelles comme aux cathédrales, dotées parfois de 3000 places. Alors que les temples de la consommation de surfaces analogues – les grands magasins – peuvent accueillir 700 visiteurs ensemble. “Condition absurde et inapplicable “, ont plaidé les prélats devant un Conseil d’Etat qui leur a donné raison au nom de la discrimination.
Y a-t-il eu un malentendu avec le gouvernement, comme le prétendait l’Eglise qui, poussée par son aile radicale, a pourtant saisi la haute juridiction trois fois en six mois ? Malentendu révélateur en tout cas des mutations d’une société sécularisée qui relègue l’expression de la foi dans l’espace privé.

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Ainsi le pouvoir ne perçoit pas l’exigence d’une pratique collective chrétienne, particulièrement celle de la messe catholique. D’autant que le nombre de pratiquants dominicaux est tombé en France à moins de 5%, contre 30% en 1960. Le malentendu existe aussi au sein des catholiques. Les échanges ont été vifs sur les réseaux sociaux entre les plus intransigeants – souvent jeunes et proches de la Manif pour tous – revendiquant le droit à “leur” messe et les générations conciliaires qui acceptaient d’y renoncer un moment au nom d’un civisme solidaire.
Le catholicisme en France a du mal à se reconnaitre minoritaire. Minorité qui s’estime malmenée, elle devient plus revendicative dans cette Eglise qui accompagne encore les étapes de l’existence de près de la moitié des Français (contre 80% qui se disaient encore catholiques il y a 40 ans) ainsi que nos grandes fêtes.
Les malentendus vont aussi s’exprimer sur les conceptions de la laïcité, avec le projet de loi sur les associations et le séparatisme, présenté le 9 décembre en Conseil des ministres. Il révèle un interventionnisme étatique et des injonctions laïques plus grandes. Jamais les malentendus au sein de la laïcité n’ont été aussi perceptibles. D’un côté, partisans d’un vivre ensemble harmonieux, les défenseurs de l’esprit de la loi de 1905 qui protège toutes les convictions dans le respect de l’ordre public. De l’autre, un courant influent qui, au nom de la lutte contre tous “les obscurantismes”, aurait tendance à faire de la laïcité une hasardeuse religion d’Etat.