Les Eglises et la PMA : nouvelle donne

Provence 15.09.19

Lire
L’ouverture de la PMA à toutes les femmes, mesure phare du projet de loi bioéthique,  examiné dès le 24 septembre à l’Assemblée nationale, vient d’obtenir un premier feu vert de sa commission spéciale. Les opposants au projet ont annoncé une manifestation le 6 octobre. Mais il est probable qu’ils ne mobiliseront pas à la hauteur du million de personnes descendues dans la rue contre le mariage pour tous en 2013.
Sans doute, parce que les lignes ont sensiblement évolué. Et que l’électorat chrétien connait une mutation. Certes, les représentants des cultes, auditionnés par la commission parlementaire, sont restés sur leur position. Les religions monothéistes dénoncent unanimement (sauf l’Eglise protestante unie) les conséquences du mariage pour tous sur la filiation. Pourtant elles présentent un éventail de positions beaucoup plus varié qu’il n’y parait. A commencer par le catholicisme traversé par des lignes de fractures.
Ainsi, une majorité de fidèles rejoint l’ensemble des Français favorables à la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes. Ce qui accentue le hiatus avec une hiérarchie décrédibilisée par les scandales pédophiles et défendant des interdits incompris (sur la contraception, l’avortement et la fécondation in vitro pour couples hétéro… ).
Devenus défaitistes ou agacés par le durcissement d’une forte minorité d’identitaires (Manif pour tous, Alliance Vita…), nombre de catholiques ont délaissé la cause qu’ils auraient défendue il y a six ans. Il faut dire aussi que le contexte politique a changé. A la différence du quinquennat précédent, où ils s’étaient sentis méprisés par Hollande, les chrétiens n’ont cessé de recevoir des messages bienveillants de Macron. Européen convaincu, l’électorat catholique s’est alors détourné d’une droite qui l’a déçu. 43% des pratiquants réguliers ont voté pour la liste LREM aux dernières élections (près du double du vote des Français) !
Est-ce à dire que si les oppositions sont souvent inaudibles, les problèmes sont pour autant résolus ? Loin s’en faut. Peu nombreux sont ceux à avoir une autorité intellectuelle et une clairvoyance sortie des postures idéologiques. Comme la philosophe Sylviane Agacinski, épouse de Lionel Jospin, qui nous met en garde contre une logique libérale faisant glisser immanquablement vers la marchandisation des corps, avec la GPA (1).
Une idéologie en somme qui a troqué le droit de l’enfant contre un droit à l’enfant… à n’importe quel prix.
(1) L’homme désincarné. Gallimard 2019.